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Lutte contre la faim
Les
Bushmen riches d'un cactus coupe-faim
Faire maigrir les obèses peut rapporter gros.
En négociant leur savoir ancestral sur le Hoodia, un cactus
coupe-faim, bientôt transformé en pilule amincissante pour les
Occidentaux, les Bushmen d'Afrique australe font enfin une bonne
affaire.Partager 34000 dollars
entre 100000 personnes peut sembler dérisoire. Pourtant pour la
communauté des San qui regroupe les Bushmen d'Afrique australe
répartis entre le Botswana, la Namibie et l'Afrique du Sud, cette
somme sonne comme une victoire. L'argent qu'ils viennent de toucher
concrétise leur titre d'"inventeurs" du Hoodia comme coupe-faim.
Depuis la nuit des temps, ils utilisent ce cactus lorsqu'ils
chassent dans le désert pour ne souffrir ni de la faim, ni de la
soif. Dorénavant, le monde entier espère maigrir en consommant ce
cactus de la taille d'un gros concombre qui pousse en grappes à même
le sol sur les dunes du désert du Kalahari.
Tout a commencé dans les années soixante, lorsque des Bushmen
engagés dans l'armée sud-africaine expliquent, au cours d'opérations
dans le désert, comment ce cactus amer et rafraîchissant permet de
jeûner sans perdre son énergie. Alors que des dizaines de millions
de personnes sont obèses dans les pays riches, une plante qui permet
de réduire l'apport calorique, sans causer de carences, ne pouvait
qu'intéresser les firmes pharmaceutiques occidentales.
Pilule naturelle amincissante
Dès les années 90,
le Conseil pour la recherche scientifique et industrielle d'Afrique
du Sud (CRSI) ne s'y trompe pas. Il analyse le Hoodia et parvient à
isoler le composant chimique responsable de la sensation de satiété,
le P57, qu'il fait breveter. Et, en 1997, le CRSI accorde une
licence à l'entreprise pharmaceutique anglaise Phytopharm pour
tester, voire commercialiser le P57 sous forme de médicament. A long
terme, c'est une véritable manne financière qui s'annonce.
Phytopharm évalue le marché d'une pilule naturelle amincissante, qui
pourrait être en pharmacie en 2006, de 4 à 30 milliards de dollars
La nouvelle de gros bénéfices prévisibles fait la une des journaux
anglais et parvient jusqu'aux oreilles des Bushmen, qui n'avaient
pas été pris en compte dans ces tractations Dès lors, ils entament
des négociations avec le CRSI, pour réclamer un droit sur ce brevet.
En 2003, un contrat est signé, le premier qui contient des détails
sur le partage des bénéfices au sujet d'un produit breveté", affirme
Roger Chennels, l'avocat du Conseil San "Selon les termes du
contrat, nous reversons aux San 8 % des revenus que Phytopharm nous
paie à chaque fois qu'une nouvelle propriété du Hoodia est
découverte" : explique Martinus Horak, responsable du partenariat au
CRSI (les 34 000 premiers dollars correspondent aux propriétés
coupe-faim du cactus). "Ensuite, précise-t-il, quand le produit sera
commercialisé, ils toucheront 6 % des profits réalisés par
Phytopharm".
Planter du
Hoodia
Reste à régler les
détails techniques pour pouvoir recevoir l'argent : "Nous avons créé
un Trust, intitulé le Fonds San pour le Hoodia. La procédure est en
cours et nous espérons que le fonds sera opérationnel d'ici à la fin
de l'année" : détaille Roger Chennels. Dès que le Trust
fonctionnera, la communauté Bushman pourra accéder à des sommes
substantielles, qui serviront dans un premier temps à "former
l'équipe dirigeante des San et ensuite mettre en place les premières
plantations de Hoodia, en partenariat avec les Nama", une communauté
qui vit dans la même région, précise Roger Chennels. Déjà, 100
hectares doivent être plantés sur les rives de la rivière Orange.
Depuis le 14 octobre 2004, le cactus coupe-faim est protégé par la
Convention sur le commerce international des espèces de faune et de
flore sauvages menacées d'extinction (CITES) Il n'est plus possible
d'en cueillir librement, ni de le commercialiser. Chacun des pays où
il pousse à l'état sauvage (le Botswana, la Namibie et l'Afrique du
Sud) se charge de délivrer des permis quantifiés. Pour les Bushmen,
c'est l'assurance de la préservation de l'espèce et d'échanges
commerciaux fructueux.
Anaïs
Charles-Dominique
Syfia
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Les Bushmen,
peuple aborigène d'Afrique australe
Des peintures
murales réalisées par les Bushmen, retrouvées en Afrique du
Sud, ont été datées de plus de 20 000 ans. Certaines
techniques ancestrales comme la peinture sur œufs d'autruches
ou les ornements d'os sont encore utilisées. Appelés aussi
San, qui signifie le peuple qui se nourrit dans la nature, les
Bushmen ont été déplacés et persécutés par les vagues
d'invasion successives dans la région, puis maltraités pendant
l'apartheid.
Durant cette
période, les Bushmen, clairs de peau, ont été classés dans la
catégorie "colored" (métis) et forcés d'apprendre l'Afrikaans,
abandonnant peu à peu leur propre langue et leurs traditions.
Peuple de chasseurs-cueilleurs à l'origine, ils ont
progressivement gagné les grandes villes pour chercher du
travail et aujourd'hui seulement 10 % d'entre eux continuent à
vivre de manière traditionnelle, principalement dans le désert
du Kalahari au Botswana.
Pour Petrus Vaalboi, élu président du Conseil san, l'intérêt
que suscite le Hoodia promet un avenir aux jeunes générations.
Faire reconnaître leur savoir ancestral aux yeux du monde
moderne permettra, peut-être de faire renaître une part de
cette culture bushman en voie de disparition.
A.
C-D Syfia |
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